La Parole Faites du baroque! Le Baroque, période historique s’étalant des années 1580 à 1700, c’est avant tout l’opposition et l’équilibre de deux contraires, de deux forces opposées et pourtant nécessaires à leur équilibre: c’est une obscure clarté pour nos regards contemporains; c’est un oxymore permanent: rendre visible ce qui est caché. La Parole, à l’époque baroque, est la quintessence de cet oxymore. C’est la rhétorique, héritée des Grecs et des Romains, qui dicte le discours: partant d’un raisonnement et d’une construction purement intellectuels, on obtient un discours, une Parole, qui viendra toucher et émouvoir l’auditeur qui sera porté par la Parole. Cette Parole baroque ne se veut donc pas naturelle au sens où nous l’entendons aujourd’hui: elle est volontairement artificielle, parce que soumise à des règles intellectuelles, pour atteindre une émotion.
Cette déclamation baroque était utilisée dans toutes les occasions où la Parole avait lieu d’être sacralisée, parce que dissociée de la vie quotidienne: lorsqu’on lisait un poëme dans les salons littéraires, lors des sermons et des oraisons ecclésiastiques, à la Cour et, évidemment, au théâtre. Il est intéressant de noter que l’étape finale de la rhétorique, la pronuntiatio est désignée par le terme d’actio chez Quintilien. La Parole est action, la Parole agit, et l'on doit agir la Parole. Une gestuelle qui vient mettre en relief et amplifier ces mots est donc nécessaire à la déclamation. Des documents attestant de la gestuelle baroque nous sont parvenus, décrivant les gestes les plus usuels mais il apparaît que chaque orateur avait les siens propres. Nous ne disposons naturellement pas d’enregistrement de l’époque. Mais nous disposons en revanche de sources intarissables qui en témoignent sans doute bien mieux que ne pourraient le faire les enregistrements. Car elles analysent aussi cette Parole et c’est grâce à celles-ci qu’elle a pu être restituée. déclamation et gestuelle
Notre travail a toujours été dirigé vers cette Parole créatrice, d’où toute l’action théâtrale et émotive se doit de naître et de découler, à travers l’acteur la traduisant par sa voix, par son corps. Pour nous, faire du baroque aujourd'hui n’a rien à voir avec une reconstitution historique, qui n’aurait pas sa place dans un théâtre. Elle est esthétique et, en dépit des apparences, fermement contemporaine. Nous n'essayons pas de parler à un public imaginaire du dix-septième siècle mais à des spectateurs d’aujourd’hui, nourris de codes théâtraux différents que les spectateurs d'alors. Paradoxalement, notre démarche est donc, malgré l’apparence d’un retour en arrière, d’une grande nouveauté et l’expérience que nous avons de la confrontation du public avec cette forme si codifiée et presqu’étrange tend à nous montrer que ce rapport au texte manque aujourd’hui au spectateur. Ces codes de déclamation baroque permettent de ré-entendre les textes de l’époque, qui sont ceux que nous travaillons, dans toute leur force et puissance, tels qu'ils étaient imaginés. Le baroque, aujourd'hui, surprend par sa différence, mais l'accepter et se laisser faire par notre phrasé chantant, la chaleur de nos bougies, la précision dansée de notre gestuelle et la beauté des costumes d'époque permet d'ouvrir des mondes précieux. La déclamation baroque est conçue pour des lieux bruyants: les théâtres n'étaient pas les lieux de recueillement silencieux d'aujourd'hui, loin de là! Ne nous accrochons donc pas à tout écouter fermement, à s'épuiser dans notre écoute, ét laissons-nous porter: nous n'en perdrons rien! Un example: le Récit de Théramène dans Phèdre et Hippolyte de Jean Racine:
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